L’ostréiculteur tente de rebondir après un vol de 7 tonnes d’huîtres

Mardi après-midi, 16 h 30, sur le port du canal à Gujan-Mestras. Thomas Dehillotte, 29 ans, rentre de la marée. Il ramène des poches d’huîtres de 18 mois qu’il va cribler (trier) avant de les « jeter au sol », dans ses parcs du Cap-Ferret.

« On n’est plus très nombreux à faire comme ça », reconnaît son père, Pierre, retraité actif, qui, avec son épouse Sylvie, a laissé l’exploitation familiale à leur fils il y a quelques années, mais vient toujours lui donner un coup de main, notamment aux grandes marées.

 

Alors que Thomas et son stagiaire du lycée de la mer, Dylan, débarquent les poches sur le quai, le père transporte les palettes vers la cabane où la cribleuse est prête.

Ces huîtres proviennent du captage d’il y a deux ans. Elles passeront encore 18 mois dans l’eau. Dans un an, elles seront repêchées, puis remise en poche pour les derniers mois d’affinage, avant d’être commercialisées.

« Je n’y croyais pas trop »

« Vous voyez tout le travail qu’il faut faire en trois ans », soupire le père. Ce sont justement 7 tonnes d’huîtres travaillées pendant plus de trois ans et prêtes à la vente, qui lui ont été volées, il y a exactement deux mois, dans le week-end du 7 au 9 octobre, au parc de Marens, en face de Piraillan. « Je venais de remettre les poches au parc, le vendredi. Quand j’y suis revenu le lundi, elles n’étaient plus là ». 7 tonnes, c’est la moitié de la production annuelle de Thomas Dehillotte : « Il ne restait que 20 poches ». C’est aussi le plus gros vol jamais commis dans le Bassin : « Il fallait au moins deux ou trois bateaux pour les transporter ».

« La première semaine, je n’y croyais pas trop. La seconde, j’étais abattu. Je ne comprenais pas. Pourquoi moi ? Tout le travail de trois ans anéanti », se souvient Thomas. « Ce sont les huîtres que je réservais pour les ventes de fin d’année, celles que je serais en train de ramener des parcs pour les vendre les prochains dimanches ». A-t-il pensé tout arrêter ? « Au contraire, ça m’a remotivé ».

De nombreux soutiens

Thomas vend toute sa production au détail, sur les marchés, principalement dans les Landes, comme ses parents : « Le premier dimanche, les clients étaient discrets, pour ne pas me gêner sûrement, et puis ils ont commencé à me manifester leur soutien ». Un soutien qui s’est aussi exprimé sur les ports, où des ostréiculteurs ont spontanément offert des huîtres, environ deux tonnes.

Un autre ostréiculteur et ancien élu, Thomas Justin, a sollicité diverses associations (les pinasseyres, le rugby, les pétanqueurs de la Barbotière, la défense des eaux, les Barbots de tout temps) et collecté 4 500 euros, le prix d’achat de 1,5 tonne. La mairie a également sensibilisé Gujan-Mestras Entraide : « Je veux vraiment tous les remercier », insiste Thomas.

La banque a consenti un prêt à Thomas pour qu’il puisse acheter cinq tonnes d’huîtres marchandes à un ostréiculteur de Gujan-Mestras, afin de poursuivre la vente et l’exploitation : « Je dis bien aux clients que ce ne sont pas mes huîtres ». Il compte de nouveau vendre ses propres huîtres vers le mois de février.

La famille Dehillotte espère que le ou les voleurs puissent être identifiés : « On n’a pas de nouvelles de l’enquête. Mais on croise les gendarmes tous les jours sur l’eau, Ils me saluent ». À l’approche des fêtes, la surveillance s’intensifie sur le Bassin.